Marc Jurt (1955-2006)




Décédé trop tôt des suites d’une maladie le 15 mai 2006, Marc Jurt fut l’un des artistes les plus marquants de la scène artistique suisse du XXe siècle. Après des études à l’Ecole des beaux-arts de Genève, il a exploré toutes les facettes de la gravure, dont il maîtrisait les techniques à la perfection (eau-forte, pointe-sèche, aquatinte). Faisant preuve d’une grande liberté, il a inventé son propre langage, introduisant dans ses peintures des fragments de gravure et appliquant à la gravure la gestuelle propre à la peinture. Ses nombreux voyages, en particulier ses longs et fréquents séjours à Bali, n’ont cessé de nourrir sa créativité. Ouvert au monde, observateur attentif curieux de tout et de chacun, Marc Jurt savait toucher les êtres qu’il rencontrait. Créateur infatigable, il a laissé derrière lui des centaines de tableaux et de gravures.

L’artiste par lui-même

(Extraits de propos de l’artiste recueillis par Armande Reymond dans l’atelier du peintre en 1999 et parus dans l’ouvrage « Marc Jurt, Entre raison et intuition », Editions Vie Art Cité, Lausanne, 2000)

Artiste anthropologue

C’est à Bali que j’ai appris à graver sur des feuilles de lontar, en Australie que j’ai récolté la terre que j’utilise aujourd’hui dans certaines de mes peintures, au Japon que j’ai découvert des carnets remplis de signes d’écriture et provenant de monastères… Plus j’avance dans mon travail, plus j’ai l’impression de devenir un peu artiste anthropologue.

Entre raison et intuition

Le dialogue entre l’intuition et la raison est aussi une des caractéristiques de mon travail. La structure très géométrique des papiers collés et gravés en forme de carrés, de rectangles exprime la raison, tandis que le caractère intuitif existe à travers le geste les traces, la calligraphie.

Entre doute et certitude

Lorsque je grave ou je peins, j’oscille constamment entre doute et certitude. C’est un état fertile : le doute m’aide à poursuivre mes recherches, à me maintenir dans le rôle de l’étudiant expérimentateur. Quant à la certitude, elle me permet de concrétiser une recherche, car elle reflète une réalité profonde du monde, des objets, des hommes.

Déborder les frontières

L’idée de lier, de superposer ou de juxtaposer textes et images, de collaborer avec des écrivains est également une manière de déborder les frontières. J’ai mené toute une recherche avec Jean-Michel Olivier sur le thème du regard : « L’œil nu ». Avec Michel Butor, on a travaillé ensemble sur le thème des cartes de géographie (…). Là aussi le thème du débordement ou de l’annulation des frontières est très présent : je suis intervenu avec mes gestes et structures, mes idées et traces sur ces cartes. A son tour, Michel Butor a écrit un texte à partir des propositions plastiques que je lui ai faites. Textes et interventions sont alors devenus indissociables.

Collaboration

Si la collaboration avec des artistes issus d’autres cultures, ainsi qu’avec des écrivains suscite le dialogue, il faut également insister sur la collaboration que j’entretiens, en tant que graveur, avec les taille-douciers Elisabeth Bascou à Marseille et Raymond Meyer à Pully/Lausanne. Tous deux apportent à mon travail leur expérience, leur savoir-faire.