LES GRAVURES

En choisissant la section «gravure» de l’Ecole des beaux-arts de Genève, Marc Jurt a très tôt manifesté son intérêt et son attirance pour ce mode d’expression.

Le «Catalogue raisonné de l’œuvre gravé», paru en 1993, retrace son parcours de 1975 à 1992 et répertorie déjà 213 œuvres. A sa mort, en 2006, on recense près de 300 gravures, dont le nombre d’exemplaires du tirage varie selon les œuvres. C’est sans compter les estampes dont il n’existe qu’un exemplaire et que nous avons choisi de présenter dans la rubrique «Peintures et épreuves uniques».

Marc Jurt maîtrisait à la perfection les techniques telles que la pointe sèche, l’eau-forte et l’aquatinte. Elles lui permettaient de représenter aussi bien des paysages réalistes, des œuvres dépouillées forçant l’admiration par leur finesse et leur poésie, que des sujets nous transportant dans un autre monde, un monde fantastique.

Dès 1988, l’artiste introduit dans ses gravures une gestuelle propre à la peinture au moyen des techniques du vernis mou ou de l’aquatinte au sucre. Il n’abandonne pas pour autant les détails minutieusement gravés et certaines œuvres juxtaposent grands gestes colorés et délicates vignettes à l’eau forte ou à la pointe sèche, faisant cohabiter des échelles de grandeur très diverses. Marc Jurt innove sans jamais renier ce qu’il a fait dans le passé. Sa technique s’enrichit, se diversifie, les strates se multiplient sans que cette complexité nous détourne de l’unité et du pouvoir de l’œuvre.

Le succès du tirage d’une gravure dépend de la primordiale et précieuse complicité entre l’artiste et l’imprimeur. Michel Cornu à Paris, Raymond Meyer à Pully près de Lausanne et Elisabeth Bascou à Marseille furent les compagnons de Marc Jurt durant son parcours gravé.  Dans un climat d’amitié, les compétences de Raymond Meyer et d’Elisabeth Bascou ont également permis la délicate concrétisation des épreuves uniques.

Deux séries méritent une mention particulière. «Apesanteur» est une suite de six œuvres réalisées en 1991 en collaboration avec Michel Butor. «Pas de semaine sans traces, journal gravé de 1999» comprend cinquante-deux gravures. Sur cinq exemplaires de la suite complète, marquées EA (épreuves d’artiste), Michel Butor a déposé une phrase manuscrite.