LES PEINTURES ET EPREUVES UNIQUES

Dès 1987, Marc Jurt s’est consacré davantage à la peinture qu’à la gravure pure telle qu’il l’avait pratiquée auparavant. Mais surtout, en véritable explorateur, il a découvert de nouvelles formes d’expression en mélangeant les techniques et en intégrant à ses oeuvres des papiers tels que les papiers Japon, Bali ou Népal, mais aussi des papiers plus structurés de fabrication personnelle constitués, entre autres, d’ortie, de fenouil, d’oignon ou de paille (en particulier pour la suite« Alliance »). Il n’a jamais abandonné la gravure, mais l’a incorporée à nombre de ses œuvres sous la forme de fragments et de vignettes. Il a fait fi des limites entre peinture et gravure en créant ce qu’il a appelé « les épreuves uniques », estampes à un seul exemplaire  parachevées par des interventions à l’acrylique et des rehauts.

A la même époque, il a entamé des séries d’œuvres appelées « suites », constituées de pièces individuelles se rapportant à un même thème. Son travail sur « Alliance » ou « Daphné » a duré plus de dix ans et ne s’est terminé qu’au moment où il a senti qu’il était parvenu au bout de la thématique à traiter. Chaque suite peut compter de quelques travaux à plus d’une centaine. Les œuvres sont numérotées en chiffres arabes ou romains. « Daphné », « Furia », « Insectes calligraphes », « Géographie du corps », « Offrande », « Talisman » ou « Tabula rasa » sont quelques-uns des noms génériques donnés par l’artiste à ces suites.  Deux séries sont particulières dans le sens où chaque œuvre est constituée de deux éléments. Il s’agit de « Peinture et objet », dialogue entre une peinture et un objet en bois dessiné par Marc Jurt puis réalisé par un sculpteur balinais, et « Vestige », diptyque de deux pièces, l’une d’elles incorporant un objet de récupération récolté par Marc Jurt sur une plage ou une route lors de ses pérégrinations.

Une seule suite est indivisible, il s’agit des cinquante travaux de « Géographie parallèle », fruit d’une collaboration exceptionnelle entre Marc Jurt et Michel Butor. La Fondation s’efforce de présenter cet ensemble dans des musées et institutions en Suisse et à l’étranger.

En recherche perpétuelle, nourri par ses nombreux voyages, en particulier en Indonésie, Marc Jurt n’a cessé d’inventer de nouvelles formes d’expression. Comme il le dit lui-même « dans mon travail tout reste toujours ouvert, tout peut arriver ». Les techniques, les objets, les matériaux ne sont que des déclencheurs d’émotion qui lui permettent de poursuivre sa quête. Sans sa mort prématurée en 2006, il ne fait aucun doute qu’il aurait poursuivi ses recherches et nous aurait emmenés vers de nouvelles découvertes.